- Nata Shilo photographe Orléans
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(ou: t’as garé où ta Mercedes ?)
Quand mes clients salariés voient mes tarifs des séances photo et reportages ils imaginent vite les photographes roulant en grosses voitures brillantes, vivant dans des lofts lumineux, sirotant des matcha lattés bio entre deux shootings.
Alors pourquoi, moi, je suis souvent à zéro à la fin du mois… et j’emprunte la voiture de mon copain ?
Il est où mon chauffeur privé ?
Parce que ce tarif n’est pas le prix du temps passé sur place.
C’est bien plus que ça.
Et je vais vous expliquer pourquoi.
Quand vous réservez une séance ou un reportage, vous ne payez pas uniquement le moment où j’appuie sur le déclencheur.
Sinon, la séance durerait une minute.
Vous avez besoin d’être mis à l’aise.
Ça prend du temps.
C’est pour ça que les séances de 15 minutes ne conviennent qu’aux comédiens… et encore.
Il y a aussi:
les premiers échanges
les rendez-vous (même quand ça ne débouche pas sur un contrat)
la préparation: à partir de vos besoins, j’imagine une solution, j’adapte mes conseils à vous
le jour J (ou l’heure H 😄)
la sélection et les retouches
la livraison, parfois avec une séance de visionnage
l’administratif (devis, factures, heureusement j’ai des outils pour réduire ce temps)
Et puis il y a tout le travail invisible, partagé entre tous mes clients:
me former
entretenir mon site web
écrire des articles comme celui-ci
communiquer sur les réseaux sociaux
faire ma comptabilité
répondre aux mails
aller à des événements professionnels
développer des projets personnels qui attirent l’attention
À cela s’ajoutent mes engagements associatifs et solidaires, où je donne aussi de mon temps.
C’est un point crucial, et rarement expliqué.
Il existe:
des photographes professionnels à temps plein (c’est leur seul revenu)
des semi-pros qui travaillent les soirs et week-ends
des passionnés avec un autre métier principal
des retraités ou membres de clubs photo
Quand la photo est un complément de revenu ou un hobby, on peut se permettre de facturer moins.
Quand c’est ton métier principal, tu dois payer ton loyer avec.
Un pro à temps plein ne “gagne pas plus”.
Il porte simplement toutes ses charges sur la photo.
100 € facturés ≠ 100 € dans ma poche.
Sur une facture, il faut retirer:
environ 26 % de charges sociales (micro-entreprise)
pour d’autres structures, ça peut monter à 50 % ou plus
parfois la TVA (20 %)
impôts sur le revenu
assurance professionnelle
comptabilité
site web et communication
déplacements
logiciels
matériel et studio photo
Depuis septembre, j’ai un studio photo. J’ai investi plusieurs milliers d’euros, sans compter le loyer.
Résultat: il reste souvent autour de 40 % (parfois moins) pour moi.
Et avec ce reste, je dois couvrir:
mon salaire
mes congés (pas vraiment)
ma retraite (pas vraiment)
mes arrêts maladie (spoiler: il n’y en a pas)
Oui, on peut démarrer avec peu.
C’est pour ça que le mariage attire beaucoup de monde.
Mais pour travailler dans la durée (mariage, portrait, entreprise), il faut:
deux boîtiers minimum pour un mariage
plusieurs objectifs lumineux
un studio photo (pour certains types de prestations)
un ordinateur puissant avec un bon écran
du stockage sécurisé
de la maintenance
Un appareil photo se change environ tous les trois ans.
Il perd sa valeur très vite: on le revend souvent à 10–20 % du prix d’achat.
C’est presque pareil pour le reste du matériel.
À cela s’ajoutent:
les formations (en temps et en argent)
Le mariage est souvent perçu comme très rentable.
Mais entre 15–17 heures de reportage, des dizaines d’heures de tri et retouche, environ 500 photos livrées, et un prix moyen autour de 2500 €, le calcul réel est bien loin du fantasme.
Même métier, réalités très différentes:
jeune vivant chez ses parents
parent avec enfants et/ou crédit immobilier
solo ou en couple
Forcément, les besoins financiers ne sont pas les mêmes.
Calculer son tarif, ce n’est pas simple.
J’y passe énormément de temps.
J’ajuste. Je teste. Je recalcule.
Je cherche un équilibre:
juste pour mes clients
vivable pour moi
Mon tarif évolue avec:
mon expérience
mes charges
le marché
mon énergie
mon équilibre de vie
Il n’est jamais figé.
On ne facture pas 35 heures par semaine.
On en travaille souvent 50… pour en facturer beaucoup moins.
Il y a:
la prospection
les devis et l’administratif
les réseaux sociaux
la rédaction
le marketing
Dans un marché de plus en plus saturé, on doit faire toujours plus de communication pour obtenir moins de contrats.
La rentabilité horaire baisse.
Alors oui, les tarifs montent pour les prestations de qualité ou de quantité.
Une partie de mon temps est dédiée à des causes qui me tiennent à cœur.
Je m’engage auprès de plusieurs associations.
Je donne également de mon temps comme traductrice bénévole pour des personnes arrivant en France.
Je fais partie de collectifs artistiques, notamment en dessin urbain.
Ce temps n’est pas facturé.
Mais cela fait partie de l’artiste que je suis.
Mon tarif n’est pas le prix d’une heure.
C’est le prix d’un métier, d’un engagement, d’une présence, d’un regard.
Et de tout ce que vous ne voyez pas.
Et surtout: regardez les images. Ressentez si le feeling est là.
Parce qu’avant d’être une prestation, la photo est une rencontre.
Nata Shilo, photographe professionnelle basée à Orléans depuis 2014